Le signe de la pancarte désigne une dissociation entre le pouls et la température : normalement, ces deux paramètres augmentent ensemble, une hausse d’un degré de fièvre s’accompagnant généralement de 8 à 10 battements cardiaques supplémentaires par minute. Quand ce lien se rompt, par exemple un pouls élevé sans fièvre correspondante, ce signe devient évocateur d’une phlébite (thrombose veineuse profonde), en complément d’autres signes cliniques comme la chaleur, la rougeur ou la douleur du membre.
Son nom vient des pancartes autrefois accrochées au pied des lits d’hôpital, sur lesquelles étaient reportées les courbes de température et de pouls des patients. Ce signe reste toutefois peu spécifique et inconstant en pratique clinique : il ne suffit jamais à poser un diagnostic seul et doit être confirmé par une échographie veineuse ou un dosage des D-dimères.
Ce qu’il faut retenir
- 📉 Une anomalie de courbes : ce phénomène montre une rupture de logique physique entre la vitesse du cœur et la chaleur corporelle.
- 🚨 L’alerte à la phlébite : un cœur qui s’accélère alors que la température reste plate ou basse doit faire suspecter un caillot de sang dans une veine.
- 📋 Une origine historique : son appellation vient des anciennes fiches cartonnées médicales suspendues aux lits pour suivre les constantes.
- 🔬 Des examens obligatoires : face à ce doute, le médecin demandera tout de suite une prise de sang ou un écho-doppler de contrôle.
Pourquoi le cœur et la température corporelle sont-ils normalement liés ?
Dans un organisme en bonne santé, le rythme cardiaque et la régulation thermique avancent main dans la main. Lorsque le corps lutte contre un microbe ou subit une inflammation, le cerveau ordonne de monter le thermostat interne pour se défendre, créant ainsi la fièvre.
Cette hausse thermique accélère le métabolisme cellulaire. Pour répondre aux besoins en oxygène des muscles et des organes qui travaillent plus vite, le cœur doit augmenter ses capacités de pompage. C’est pourquoi, de manière tout à fait classique, chaque degré de température supplémentaire au-dessus de 37°C entraîne une accélération automatique du pouls d’environ 10 pulsations par minute. Lorsque les courbes de ces deux données se croisent ou s’éloignent de façon illogique sur le graphique médical, les soignants savent qu’un événement anormal perturbe la circulation sanguine.
L’explication d’un médecin cardiologue
« En cas de suspicion de caillot, l’accélération isolée du cœur est une réaction de défense. Le réseau veineux étant partiellement bouché, le retour du sang vers les poumons se fait moins bien. Le cœur compense ce manque de débit en battant plus vite pour maintenir une bonne oxygénation générale, sans pour autant déclencher de fièvre. »

Tableau d’analyse des anomalies de courbes sur la fiche de suivi médical
L’observation des constantes permet d’orienter les soignants vers différentes pistes de soins en fonction de la cohérence des tracés graphiques.
Le tableau ci-dessous résume les situations courantes de décalage des constantes et leurs significations :
| Constatations visuelles sur les graphiques | Nom du phénomène clinique associé | Piste de diagnostic envisagée en priorité |
|---|---|---|
| Le pouls monte en flèche (tachycardie) mais la température reste normale ou basse. | Signe de la pancarte (dissociation) | 🚨 Thrombose veineuse profonde (phlébite) ou début d’embolie pulmonaire. |
| La température monte très haut (fièvre) mais le cœur reste anormalement lent (bradycardie). | Pouls dissocié inversé (Faget) | ➔ Infections spécifiques type fièvre typhoïde, légionellose ou tularémie. |
| Les deux courbes montent parallèlement (10 battements de plus par degré). | Réaction physiologique normale | ➔ Syndrome infectieux classique (grippe, bronchite, surinfection courante). |
Bien que ce tableau apporte des repères précieux, ce signal visuel reste inconstant. Un patient stressé, fatigué ou prenant des médicaments pour réguler sa tension (comme les bêtabloquants) peut présenter des courbes faussées. C’est pourquoi ce doute visuel sert uniquement de sonnette d’alarme pour lancer des examens biologiques et d’imagerie beaucoup plus poussés.
Quels sont les autres signes physiques d’une phlébite à surveiller ?
Le décalage des courbes du cœur et du thermomètre n’est jamais isolé. Il s’accompagne en général de modifications physiques bien visibles au niveau des membres inférieurs, le plus souvent sur un seul mollet.
- Une douleur vive dans le mollet ou dans la cuisse, qui ressemble à une grosse crampe musculaire qui ne passe pas au repos.
- Un gonflement asymétrique de la jambe (œdème) : le mollet touché augmente de volume et devient dur ou lourd à la marche.
- Une sensation de chaleur locale au toucher, la peau de la zone malade pouvant devenir rouge ou légèrement violacée.
- Une douleur provoquée lors de la flexion du pied vers le haut (ce que l’on appelle médicalement le signe de Homans).
Si vous constatez ces modifications physiques, en particulier après une opération chirurgicale, un long voyage en avion ou une période d’alitement prolongé, contactez rapidement un service médical. Un caillot de sang non traité dans une veine de la jambe présente un risque de migration vers les poumons, une complication grave connue sous le nom d’embolie pulmonaire.

Quels examens modernes permettent de valider ou d’écarter le diagnostic ?
Puisque l’examen visuel au lit du malade ne suffit pas à poser une certitude médicale, le médecin s’appuiera sur deux outils de diagnostic incontournables en milieu hospitalier.
Le premier filtre est une prise de sang pour analyser le taux de D-dimères. Ces molécules sont des fragments de protéines produits lorsque le corps tente de dissoudre un caillot de sang. Si le résultat de ce test est négatif, la piste de la phlébite est écartée dans 95% des cas. Si le taux est élevé, le diagnostic doit être confirmé par le véritable examen de référence : l’écho-doppler veineux. Ce test d’imagerie totalement sans douleur utilise les ultrasons pour visualiser les veines en temps réel, localiser le caillot de sang et mesurer le blocage du débit pour adapter le traitement.
Quels traitements médicaux sont mis en place en cas de thrombose confirmée ?
Si l’échographie valide la présence d’un blocage dans la veine, la prise en charge médicale doit débuter rapidement pour fluidifier le sang et empêcher le caillot de grossir ou de se détacher.
Le traitement repose sur l’administration de médicaments anticoagulants (injections d’héparine sous la peau au début, puis relais par des comprimés oraux pour plusieurs mois). Ces produits ne détruisent pas le caillot directement, mais empêchent sa progression, laissant les défenses naturelles du corps dissoudre le bouchon de façon progressive. En parallèle, le port quotidien de bas ou de chaussettes de contention médicale est obligatoire pour comprimer les veines superficielles, stimuler la circulation de retour et réduire rapidement le gonflement et la douleur du mollet.
Foire Aux Questions (FAQ)
🔍 Pourquoi ce signe clinique porte-t-il ce nom de « pancarte » ?
Ce terme provient de l’histoire de la médecine hospitalière. Avant l’arrivée des ordinateurs et des dossiers médicaux numériques, les infirmières traçaient chaque jour à la main l’évolution du pouls (en rouge) et de la température (en bleu) sur de grandes fiches cartonnées nommées pancartes, qui étaient suspendues à une pince en métal au bout du lit de chaque malade.
⏱️ Une accélération du pouls peut-elle venir d’une simple crise d’angoisse ?
Oui, tout à fait. Le stress aigu, la panique ou une crise d’angoisse provoquent une décharge d’adrénaline qui accélère le rythme cardiaque en quelques secondes, sans modifier la température. C’est pour cela qu’un pouls rapide isolé ne suffit jamais à affirmer la présence d’une phlébite, il doit obligatoirement être associé à des signes locaux sur la jambe.
🚶 Peut-on marcher normalement si on suspecte la présence d’un caillot ?
Tant que le médecin n’a pas posé de diagnostic officiel et débuté le traitement anticoagulant, il est conseillé de rester au repos et d’éviter les efforts violents ou les massages du mollet. Forcer sur la jambe ou masser la zone douloureuse risquerait de détacher mécaniquement le caillot de la paroi de la veine, favorisant sa migration vers l’appareil respiratoire.









