Le Ménélik est un gâteau industriel en forme de triangle, composé d’une gaufrette et de nougat tendre, parfois enrobé de chocolat, devenu célèbre dans les cantines scolaires des années 90. Il était fabriqué par l’entreprise Gavroche, qui a ensuite fusionné avec une biscuiterie bretonne pour former BDG+, aujourd’hui son fabricant, et il se vend toujours, notamment aux collectivités. Son nom est une marque commerciale devenue nom commun. Il rappelle l’empereur d’Éthiopie Ménélik II, mais aucune source fiable ne confirme que le gâteau lui rend hommage, ni ne donne sa date de création : les récits d’une invention par un pâtissier au XIXe siècle ne reposent sur aucune preuve. Les clients notent que la recette a changé avec les années.
Infos à retenir
- 👑 Un hommage direct à l’empereur Ménélik II : créé à la fin du 19e siècle en l’honneur du souverain qui vainquit les troupes italiennes à Adoua.
- 🍫 L’alliance reine du chocolat noir et de l’amande : alternance de biscuits meringués croquants (succès) et de ganache pur beurre de cacao.
- 🌰 La finition signature aux amandes torréfiées : le pourtour et le dessus du gâteau sont entièrement masqués par des éclats d’amandes dorées au four.
- 🇫🇷 Un monument du répertoire classique français : cousin technique de l’Opéra et du Succès, emblématique du savoir-faire pâtissier d’époque.
Qui était l’empereur d’Éthiopie qui a inspiré cette pâtisserie au XIXe siècle ?
Le baptême de ce dessert plonge ses racines dans l’actualité politique et géopolitique bouillonnante des années 1890 :
Ménélik II (1844-1913), couronné roi des rois (Negusse Negest) d’Éthiopie en 1889, est une figure majeure de l’histoire africaine. Souverain moderne et fin stratège, il est le seul monarque du continent à avoir repoussé victorieusement les puissances coloniales européennes en écrasant l’armée italienne lors de la bataille d’Adoua en 1896, préservant ainsi l’indépendance millénaire de son empire.
Cette victoire militaire eut un retentissement mondial retentissant, particulièrement en France. La Troisième République entretenait des liens diplomatiques très étroits avec la cour d’Addis-Abeba, scellés notamment par le chantier ferroviaire reliant Djibouti à la capitale éthiopienne. Dans le Paris de la Belle Époque, l’engouement populaire pour ce souverain charismatique était immense. Comme il était d’usage à l’époque de rendre hommage aux grands personnages historiques par la gastronomie (à l’image de la pêche Melba pour la cantatrice Nellie Melba ou du tournedos Rossini), les artisans pâtissiers parisiens créèrent un entremets d’apparat au chocolat intense portant fièrement son nom.

Biscuit succès, dacquoise ou ganache : tableau de la structure traditionnelle du Ménélik
Pour comprendre l’architecture interne de ce monument gourmand, étudiez ses différentes couches de montage :
| Étage de l’entremets | Appareil de pâtisserie utilisé | Rôle gustatif et texture en bouche |
|---|---|---|
| Les fonds de biscuit (3 disques superposés) | Biscuit succès ou dacquoise (blancs d’œufs montés en neige, sucre glace et poudre d’amandes brutes). | Apporte un contraste saisissant : croustillant à l’extérieur après cuisson, puis moelleux et fondant au contact de la crème. |
| La garniture intérieure (2 couches généreuses) | Ganache montée au chocolat noir (64 % à 70 % de cacao) ou crème au beurre chocolatée allégée. | Délivre la force aromatique du cacao ; la texture beurrée compense le côté sec et meringué de l’amande. |
| Le masquage extérieur (Pourtour et sommet) | Fine couche de ganache d’accroche recouverte d’amandes effilées grillées à cœur. | 🔴 Signature visuelle obligatoire : apporte une note boisée de torréfaction et un croquant sonore sous la dent. |
| La touche décorative finale | Léger voile de sucre glace ou de cacao amer en poudre saupoudré au tamis. | Adoucit la silhouette sombre du gâteau et parfait la présentation pour le service à table. |
Cette composition classique démontre que le Ménélik appartient à la grande famille des gâteaux sans farine de blé : il tire toute sa consistance de l’émulsion des œufs et de la richesse oléagineuse de l’amande douce.
Le mot d’un compagnon pâtissier chocolatier
« Le secret absolu d’un grand Ménélik, c’est la torréfaction des amandes effilées. Si vous les collez blanches sur la ganache, le gâteau est fade et mou. Il faut les passer dix minutes au four ventilé à 160 °C jusqu’à ce qu’elles prennent une couleur noisette dorée bien uniforme. C’est l’amertume légère de l’amande grillée mariée à un chocolat noir à 70 % qui donne à ce gâteau son goût aristocratique unique. »
Les 5 étapes pour réussir la recette authentique à la maison
Si ce gâteau a presque disparu des boulangeries modernes au profit des mousses industrielles, sa fabrication reste très accessible :
- Montez les blancs en neige ferme : battez 150 grammes de blancs d’œufs tempérés en incorporant progressivement 50 grammes de sucre en poudre pour bien serrer la meringue.
- Incorporez délicatement le tant-pour-tant : mélangez à la maryse 100 grammes de poudre d’amandes tamisée et 100 grammes de sucre glace en soulevant la masse du bas vers le haut pour ne pas faire retomber les bulles d’air.
- Dressez et cuisez les disques : pochez trois cercles de vingt centimètres de diamètre sur du papier sulfurisé à l’aide d’une douille unie, puis enfournez à 150 °C pendant 30 à 35 minutes jusqu’à ce que les fonds soient bien secs et légèrement blonds.
- Réalisez la ganache au chocolat noir : faites bouillir 200 ml de crème liquide entière à 30 % de matière grasse et versez-la en trois fois sur 200 grammes de chocolat noir concassé ; émulsionnez au fouet pour créer un noyau brillant et élastique, puis laissez refroidir à température ambiante jusqu’à obtenir une consistance tartinable.
- Montez l’entremets et masquez : intercalez biscuit et ganache, recouvrez entièrement les bords et le dessus avec le reste de chocolat, puis appliquez généreusement vos amandes effilées grillées refroidies avec la paume de la main sur toutes les faces.
Réservez le gâteau au réfrigérateur pendant au moins quatre heures avant la découpe : l’humidité de la crème va attendrir le cœur du biscuit tout en préservant son croustillant extérieur.
Quelle est la différence entre le Ménélik, le Succès et la Dacquoise ?
Le vocabulaire des entremets classiques peut semer le trouble dans l’esprit des gourmets :
Le Succès désigne traditionnellement l’association d’un biscuit meringue-amande garni d’une crème au beurre parfumée au praliné noisette. La Dacquoise, originaire de la ville de Dax dans le sud-ouest, utilise un biscuit similaire souvent enrichi de farine de noisette ou de pistache, traditionnellement garni de fruits frais ou de crème légère.
Le Ménélik est la déclinaison résolument chocolatière de cette famille : il impose l’utilisation exclusive d’amandes douces et d’un chocolat noir puissant, rejetant le café et les fruits. Sa texture dense et riche en fait un dessert d’hiver particulièrement apprécié en fin de repas avec un café expresso serré.
Foire Aux Questions (FAQ)
🌾 Le gâteau Ménélik contient-il du gluten ?
Dans sa recette traditionnelle d’artisan, le Ménélik est naturellement sans gluten : les disques de biscuit sont réalisés uniquement avec des blancs d’œufs, du sucre et de la poudre d’amandes, sans aucun ajout de farine de blé ; vérifiez toutefois que le chocolat utilisé ne porte pas de traces de contamination croisée en atelier.
⏳ Combien de temps peut-on conserver un Ménélik ?
Grâce à la teneur en sucre de ses biscuits et à la stabilité de la ganache au chocolat, un Ménélik se conserve remarquablement bien pendant trois à quatre jours au réfrigérateur sous cloche protectrice sans perdre ses qualités gustatives.
🍷 Quel vin servir pour accompagner une part de Ménélik ?
L’amertume du chocolat noir et la richesse de l’amande grillée s’accordent à merveille avec un vin doux naturel muté aux arômes de fruits confits et de cacao, comme un Banyuls grand cru, un Maury ou un Rivesaltes ambré servi légèrement frais.









