Une boule douloureuse qui apparaît sous la peau, finit par percer ou dégonfler, puis réapparaît exactement au même endroit quelques semaines plus tard : ce parcours concerne de nombreuses personnes qui pensent d’abord à un simple poil incarné, un bouton d’acné ou une petite infection passagère. En France, il faut en moyenne 7 à 8 ans avant qu’un diagnostic précis ne soit posé sur la maladie de Verneuil (aussi appelée hidradénite suppurée). Cette maladie de la peau touche environ 1 % des adultes et concerne trois fois plus de femmes que d’hommes. Identifier rapidement les symptômes permet de consulter un professionnel de santé sans attendre et d’éviter que les lésions ne s’aggravent.
1. Des boules profondes et douloureuses dans les plis du corps
Le premier signe est l’apparition d’une ou plusieurs boules dures sous la peau. Contrairement à un bouton classique situé en surface, la lésion se forme plus en profondeur. Elle est rouge, très sensible au toucher et peut faire mal lors de mouvements simples comme marcher ou lever les bras.
Ces boules apparaissent très majoritairement dans les zones où la peau frotte et où la transpiration s’accumule :
- Les aisselles
- L’aine et le creux des cuisses
- Sous les seins
- Le sillon entre les fesses et la zone génitale
La douleur s’explique par une inflammation de la racine des poils et des zones glandulaires. Elle constitue souvent le tout premier symptôme qui gêne le quotidien.
2. Des boutons qui reviennent régulièrement au même endroit
Un furoncle ou un bouton banal guérit généralement en quelques jours et ne réapparaît pas. Dans le cas de la maladie de Verneuil, le problème fonctionne par poussées successives : la peau traverse des périodes de crise, puis des moments de répit où la douleur s’apaise.
Le fait qu’un bouton ou un kyste réapparaisse exactement sur la même zone est un indicateur clé. Les médecins considèrent que la présence de boules douloureuses au moins deux fois en six mois dans ces zones spécifiques doit faire suspecter cette pathologie. Ce caractère répété montre qu’il ne s’agit pas d’un manque d’hygiène ou d’une infection accidentelle, mais bien d’un fonctionnement inflammatoire particulier de la peau.

3. Du pus, des écoulements et des plaies difficiles à cicatriser
Lorsque la poussée s’intensifie, la boule sous-cutanée se remplit de liquide et finit par s’ouvrir. Cela entraîne un écoulement de pus et de sang, souvent accompagné d’une odeur forte et désagréable. Cet aspect peut être gênant au quotidien et nécessite l’utilisation de protections ou de pansements adaptés.
Une fois ouverts, ces boutons mettent beaucoup de temps à se refermer. La plaie reste ouverte ou suintante pendant plusieurs semaines. Même si des bactéries peuvent se déposer sur la plaie ouverte, la cause de départ n’est pas une infection attrapée à l’extérieur, mais une réaction de la peau elle-même.
4. L’impression que les boules communiquent sous la peau (tunnels)
Lorsque la maladie évolue sans prise en charge adaptée, l’inflammation ne reste pas isolée à un seul point. Les boules répétées finissent par creuser de petits canaux sous la peau pour se rejoindre entre elles. On appelle ces trajets des fistules.
À la palpation, le patient ou le médecin peut sentir une sorte de cordon dur sous la surface de la peau. Quand on appuie sur une zone, du liquide peut sortir par un autre petit trou situé à côté. C’est le signe que la maladie s’installe plus profondément et qu’un traitement spécifique devient nécessaire.
5. Des cicatrices épaisses qui gênent les mouvements
À force de poussées et de cicatrisations successives, la peau s’abîme et se modifie. Des cicatrices dures, épaisses et en relief apparaissent. Elles forment parfois des brides ou des cordons de peau rigides qui manquent de souplesse.
Selon l’endroit où elles se trouvent, ces cicatrices peuvent devenir gênantes sur le plan physique. Des cicatrices sous les aisselles peuvent rendre la levée du bras inconfortable, tandis que des marques situées à l’aine peuvent gêner la marche. À ce stade, la gêne n’est plus seulement esthétique, elle impacte directement les gestes de tous les jours.

Pourquoi faut-il consulter un dermatologue ?
Beaucoup de personnes n’osent pas consulter par pudeur ou parce qu’elles pensent qu’il s’agit d’un problème d’hygiène personnel. C’est une idée fausse : la maladie de Verneuil n’est absolument pas contagieuse et ne provient pas d’un défaut de propreté.
Une consultation spécialisée permet de poser un diagnostic clair sur la maladie de Verneuil et d’adapter le suivi selon la gravité des symptômes. Le dermatologue classe généralement la maladie en trois stades pour choisir la bonne stratégie :
- Stade léger : des boules isolées, sans tunnels sous la peau ni cicatrices épaisses.
- Stade modéré : des boules qui reviennent souvent, avec quelques tunnels sous la peau et des cicatrices.
- Stade sévère : des zones entières couvertes de lésions interconnectées et de cicatrices étendues.
Les traitements proposés associent souvent des soins locaux, des antiseptiques doux, des antibiotiques prescrits pour leur effet anti-inflammatoire, et parfois des médicaments ciblés appelés biothérapies pour les formes plus gênantes. Dans certains cas, une petite intervention chirurgicale permet de retirer la zone malade qui récidive sans cesse.
Conseils pratiques pour préparer votre rendez-vous
Pour aider le médecin à comprendre rapidement votre situation et éviter de perdre du temps, quelques démarches simples sont très utiles :
- Noter l’historique des poussées : notez sur un carnet les dates de vos crises, les endroits touchés et la durée de chaque épisode.
- Prendre des photos des lésions : comme les poussées vont et viennent, il arrive que votre peau soit calme le jour de la consultation. Avoir des photos nettes prises au moment des crises aide le dermatologue à voir l’aspect exact des boutons.
- Lister les produits déjà testés : notez les crèmes, désinfectants ou traitements antibiotiques que vous avez déjà utilisés et indiquez si cela vous a soulagé ou non.
- Parler de votre hygiène de vie : précisez si vous fumez, car le tabac est un facteur qui aggrave fortement la fréquence des poussées.
Sources :
- Société Française de Dermatologie (SFD) – Fiche d’information grand public sur la hidradénite suppurée / maladie de Verneuil.
- Haute Autorité de Santé (HAS) – Guide de prise en charge des pathologies inflammatoires cutanées.









